Trois jours, 58 kilomètres et presque tous les grands sommets des Jeseníky d'une seule traite. Le Vendredi saint, ma compagne et moi sommes descendus du train à Ostružná, et le dimanche de Pâques, en fin de matinée, nous arrivions à Stará Ves, près de Rýmařov. Entre les deux, nous avons franchi le Smrk, le Šerák, le Keprník, le Praděd et la Vysoká hole. Début avril, le printemps était déjà là dans les vallées, mais au-dessus de 1 100 mètres environ, la crête restait blanche.
Premier jour : du quai de gare au col de Červenohorské sedlo
Le train Šumperk–Jeseník vous dépose pile au départ. À 10 h 52, sous un ciel bleu, nous avons quitté la gare d'Ostružná pour monter en forêt, par le pavillon de chasse Císařka, jusqu'au Smrk (1 127 m). C'est le point culminant des Rychlebské hory, et la frontière polonaise passe sur son sommet. Le balisage rouge redescend ensuite vers Ramzová. Vers 15 heures, nous étions au col de Ramzovské sedlo, à 760 m, là où les Rychlebské hory cèdent la place au massif du Hrubý Jeseník.
Vient alors la grande montée de la journée, près de 600 mètres de dénivelé jusqu'au Šerák (1 351 m), atteint à 17 h 26. Nous avons fait une pause de vingt minutes à la Chata Jiřího, juste sous le sommet. Une heure plus tard, nous étions sur le Keprník enneigé (1 423 m), dans une lumière rasante, et c'est de là que vient la première photo de la galerie. Le soleil s'est couché à 19 h 32. Nous avons donc parcouru le dernier tronçon, par la Červená hora, au crépuscule, pour arriver au col à 20 h 27. La journée s'est soldée par 27,8 km et environ 1 340 mètres de montée, neuf heures et demie après la descente du train.
Ce soir-là, nous n'avons pas cherché de lit. Nous avons dormi dehors sous les étoiles, à même la neige, au col de Červenohorské sedlo. Ce genre de bivouac n'est acceptable qu'en respectant les règles de la zone protégée, on y revient plus bas.
Deuxième jour : par le Praděd jusqu'à Jelení studánka
Le samedi était gris. Partis du col à 10 h 06, nous avons suivi la crête par Výrovka, puis par le Malý et le Velký Jezerník. La neige recouvrait toute la piste forestière, striée de traces de ski. À la Švýcárna (12 h 36), nous nous sommes arrêtés une demi-heure avant de monter au Praděd. Avec ses 1 491 mètres, c'est le plus haut sommet de Moravie et de Silésie. Nous avons soufflé quarante minutes au pied de sa tour émettrice, qui abrite un restaurant. En passant près des Petrovy kameny et par U Barborky, nous sommes descendus à Ovčárna, avant de remonter sur la Vysoká hole (1 464 m), atteinte vers 17 h 30. À l'est du sommet, les pentes plongent dans la Velká kotlina, le cirque où partent la plupart des avalanches des Jeseníky, surtout au printemps. Le sentier balisé, lui, reste sur la crête. Nous sommes arrivés à Jelení studánka à 18 h 48, après 19,3 km et 770 mètres de montée.
Troisième jour : descente vers Stará Ves
La deuxième nuit, nous avons dormi dans le refuge en pierre de Jelení studánka. Au matin, le brouillard couvrait la crête et il ne restait que des plaques de neige autour de l'abri. Le soleil s'est levé derrière la brume à 6 h 14, et à 7 h 38 nous avons pris le balisage rouge en direction de Rýmařov. La neige a vite disparu, et peu avant Stará Ves le sentier longe un étroit canal dans la forêt. À 11 heures, nous étions au village, 10,7 km plus loin et 700 mètres plus bas.
Bon à savoir
Les trains de la ligne 292 s'arrêtent à Ostružná et à Ramzová, ce qui permet aussi d'écourter la première étape au col de Ramzovské sedlo. Depuis Stará Ves, le bus 880 rejoint la gare de Rýmařov, d'où partent les trains pour Valšov. Le week-end et les jours fériés, vérifiez les horaires avant de partir. En avril, la Chata Jiřího sur le Šerák ne fonctionne qu'en service réduit, car le télésiège de Ramzová est alors fermé pour son entretien annuel. La Švýcárna, elle, ouvre tous les jours. Le refuge en pierre de Jelení studánka appartient à Lesy ČR, l'office des forêts tchèque. Il compte quinze places et ne sert qu'en dépannage, pour une seule nuit, quand le temps se gâte ou que les forces manquent. Une source coule juste à côté et le feu y est interdit. Dans l'aire protégée CHKO Jeseníky, le camping est interdit hors des villages et des emplacements prévus. Une seule nuit dehors, sans tente et sans laisser de trace, compte en revanche comme un bivouac et non comme du camping. Ce n'est pas le cas dans les réserves naturelles nationales du Praděd et de Šerák-Keprník, où l'on ne quitte jamais les sentiers balisés, quelle que soit la saison, et où le bivouac est interdit. Avant de dérouler votre matelas, vérifiez donc où passe la limite de la réserve. Début avril 2026, la neige sur la crête se marchait sans souci en chaussures de randonnée classiques, et nous n'avons eu besoin ni de crampons légers ni de raquettes. Une autre année, les conditions peuvent être très différentes. Le secours en montagne, la Horská služba, répond au 1210. Glissez aussi une frontale dans le sac, car le 3 avril, le soleil s'est couché à 19 h 32 sur le Keprník.
Si vous avez une journée de plus, une via ferrata à Ludvíkov vous attend sur le versant est du massif.

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